jeudi 14 mars 2013

Les voix des poètes - 6

Fêtons le printemps des poètes en savourant les mots des grands !

Dit de la force de l'amour

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l'injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d'Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang  le ciel et le droit à l'espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s'éteindre
La vie toujours s'apprête à devenir fumier
Mais le printemps renait qui n'en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s'installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n'y résisteront pas
J'entends le feu parler en riant de tiédeur
J'entends un homme dire qu'il n'a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j'aime à jamais toi qui m'as inventé
Tu ne supportais pas l'oppression ni l'injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre

Tu rêvais d'être libre et je te continue.

13 avril 1947, par Paul Eluard.
Extrait de Le Eluard, album Dada, Mango jeunesse éditions, 2002.

mercredi 13 mars 2013

Les voix des poètes - 5

Fêtons le printemps des poètes en savourant les mots des grands !

L'allumette

Le feu faisait un corps à l'allumette.
Un corps vivant, avec ses gestes,
son exaltation, sa courte histoire.
Les gaz émanés d'elle flambaient,
lui donnaient ailes et robes, un corps même :
une forme mouvante,
émouvante.

Ce fut rapide.

La tête seulement a pouvoir de s'enflammer,
au contact d'une réalité dure,
- et l'on entend alors comme le pistolet du starter.
Mais, dés qu'elle a pris,
la flamme
- en droite ligne, vite et la voile penchée
comme un bateau de régate -
parcourt tout le petit bout de bois,

Qu'à peine a-t-elle viré de bord
finalement elle laisse
aussi noir qu'un curé.

Francis Ponge.
Extrait de Le Francis Ponge, album Dada, Mango jeunesse éditions, 2001.

mardi 12 mars 2013

Les voix des poètes - 4

Fêtons le printemps des poètes en savourant les mots des grands !

Deux verbes en creux

J'écoute je me tais
Je me tais pour écouter,
(pour mieux écouter),
Je me tais parce que j'écoute
Si je ne me tais pas je n'écoute plus.

(Taisez-vous !
Taisez-vous et écoutez !
Ecoutez-le se taire
Il se tait il se taira
vous l'écouterez.)

Si j'étais celui qui écoute
seulement pour écouter
si j'étais celui qui se tait
simplement pour se taire
vous ne cesseriez d'écouter
vous auriez peur que je me taise

Mais je ne me tais pas non je ne me tais
pas encore. Je ne pourrais jamais
me taire. Je ne cesse pas d'écouter.

Jean Tardieu in Comme ceci comme cela, éditions Gallimard.
Extrait de Le Tardieu, album Dada, Mango jeunesse éditions, 2003

lundi 11 mars 2013

Les voix des poètes - 3

Fêtons le printemps des poètes en savourant les mots des grands !

Son joyeux, importun, d'un clavecin sonore.
(Pétrus Borel)*

Le piano que baise une main frêle 
Luit dans le soir rose et gris, vaguement,
Tandis qu'un très léger bruit d'aile
Un air bien vieux, bien faible et bien charmant
R$ode discret, épeuré quasiment,
Par le boudoir longtemps parfumé d'Elle.

Qu'est-ce que c'est que ce berceau soudain
Qui lentement dorlote mon pauvre être ?
Que voudrais-tu de moi, doux chant badin ?
Qu'as-tu voulu, fin refrain incertain
Qui va bientôt mourir vers la fenêtre
Ouverte un peu sur le petit jardin ?

Paul Verlaine.
Extrait de Cent poèmes de Paul Verlaine, éditions Omnibus, 2011.

Pétrus Borel est un poète, traducteur, écrivain né à Lyon et mort en Algérie (1809-1859). Pour en savoir plus et découvrir ses poèmes, cliquez ici.

dimanche 10 mars 2013

Les voix des poètes - 2

Alchimie du verbe

A moi. L'histoire d'une de mes folies.
Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.
J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs.
Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de mœurs, déplacements de races et de continents ; je croyais à tous les enchantements.
J'inventai la couleur des voyelles ! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. - Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.
Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges.

Arthur Rimbaud in Une saison en enfer.
Extrait de Cent poèmes de A. Rimbaud, éditions Omnibus, 2012.

samedi 9 mars 2013

Les voix des poètes - 1

Fêtons le printemps des poètes en savourant les mots des grands !

L'Ecoute-Silence

Ecouter ce que dit le vent quand il ne dit plus rien
mais reprend souffle et se souvient
d'avoir été si haletant après sa course
sa course de vent qui court après le vent
Que dit le vent quand il se tait ?
Que dit le silence du vent ?

Ecouter ce que dit la pluie
quand un instant elle fait halte
et cesse l'espace de trois mesures
de tambouriner ses doigts d'eau
sur le toit et les carreaux
Que dit la pluie quand elle se tait ?
Que dit le silence de la pluie ?

Ecouter ce que dit la mésange nonnette
quand elle suspend ses roulades
et que son chant dans le matin clair
reste en filigrane dans l'air
Que dit l'oiseau quand il se tait ?
Que dit le silence de la mésange ?

Le silence dit que le silence
écoute couler la source du chant

Claude Roy, in A la lisière du temps (1984). 
Extrait de Poèmes de Claude Roy, anthologie proposée par Benoit Marchon, dessins de Frédéric Rébéna, éditions Bayard Jeunesse, 2010.

samedi 16 février 2013

Une carte, une fille




Trois créations uniques pour trois sœurs singulières en réponse à une commande de la Mère Noël.
Merci de ne pas utiliser ces images sans mon autorisation. Elles appartiennent aux filles pour qui je les ai créées.

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Vous avez le droit (si c'est à petite dose et de manière non-commerciale) mais profitez-en au moins pour me faire connaitre : n'oubliez pas le nom de la créatrice (Norlane Deliz) et l'adresse du blog.
Et puis... pourquoi faire cela en silence ? Je suis toujours ravie d'apprendre que mon travail plait !